Pris dans une concurrence
intense pour attirer les investissements
étrangers, les Etats africains
leur proposent toute une batterie de mesures
incitatives : absence de droits de douane
sur les importations, exonérations
fiscales, assouplissement du droit du
travail. Les firmes ont également
été encouragées à
s'installer sur le continent par le Government's
African Growth and Opportunities Act (AGOA),
voté aux Etats-Unis, et qui donne
aux produits fabriqués en Afrique
un libre accès au marché
américain.
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Photo : Des ouvriers
dans une usine de jeans au Lesotho.
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L'Ouest et le Sud du continent sont donc devenus très
attractifs pour l'industrie textile mondiale
depuis l'an 2000, en particulier pour
les taiwanais et les autres producteurs
qui alimentent le marché mondial.
Pouvant agir quasiment sans entraves,
ils profitent de coûts très
bas et d'une productivité très
forte, en reversant une très faible
part de leurs bénéfices
au pays hôte, que ce soit sous forme
d'emplois décents ou de versements
fiscaux. Si les mesures d'incitation aux
investissements étrangers ont bien
entraîné certaines créations
d'emploi, l'abandon du système
de quotas de l'Accord Multifibre a désormais
atteint de plein fouet les unités
produisant pour les acheteurs internationaux,
et ces usines susceptibles d'être
très rapidement délocalisées
ne versent que des salaires de subsistance
à des ouvriers travaillant dans
de très mauvaises conditions sanitaires.
Tout en se substituant aux industries
domestiques, l'industrie textile mondiale
n'apporte aucune réponse à
la pauvreté en Afrique.
Les femmes représentent en moyenne
80% des employés du secteur de
la confection en Afrique de l'Ouest et
du Sud. Elles y subissent une exploitation
aggravée salaires de misère,
heures supplémentaires obligatoires,
locaux malsains et violences morales,
physiques et sexuelles.
Les syndicats remportent des victoires
sur certains sites. Mais ils se heurtent
à un droit du travail limité
et à des entreprises peu désireuses
de signer des accords de reconnaissance.
Les travailleurs ont souvent peur de rejoindre
les syndicats par crainte de perdre leurs
emplois et les responsables syndicaux
manquent cruellement de formation et de
matériel.
Soutenir les syndicats
africains du textile
En mai 2005, la Fédération
Internationale des Travailleurs du Textile,
de l'Habillement et du Cuir (FITTHC) et
SOMO (Centre de Recherche sur les Entreprises
Multinationales, siégeant à
Amsterdam) se sont rendus au Swaziland
pour animer un groupe de travail sur les
conditions rencontrées dans les
usines détenues par des sociétés
asiatiques en Afrique de l'Ouest et du
Sud. Ces usines produisent massivement
pour des groupes de distribution internationaux
tels que Wal-Mart. L'atelier regroupait
des délégués ou des
responsables syndicaux venus de neuf pays
d'Afrique de l'Ouest et du Sud comme de
Taiwan, des chercheurs et des chargés
de campagne venus d'Afrique du Sud, du
Kenya, d'Europe, des Etats-Unis et d'Asie.
La rencontre s'est avérée
être une excellente occasion d'échanger
des informations et de développer
la collaboration entre participants tout
en intégrant les derniers développements
de la situation africaine aux campagnes
d'action mondiales. Certaines organisations
asiatiques ont en particulier décidé
de soutenir leurs consoeurs africaines.
Les délégués du personnel
ont évoqué à de nombreuses
reprises les mauvais traitements verbaux
et physiques subis par les employés,
les heures supplémentaires obligatoires,
les bas salaires et les entraves à
l'action syndicale. L'histoire de l'usine
Tri-Star, propriété en Tanzanie
d'un investisseur asiatique, donne ci-dessous
un exemple d'informations partagées
lors de ce rassemblement.
Tri-Star in Africa
"Sur l'invitation du gouvernement
africain, et réalisant ainsi un
nouveau projet d'investissement pour le
groupe Tri-Star, j'ai lancé une
très vaste opération dans
certaines régions d'Afrique, en
particulier pour tirer parti du Government's
African Growth and Opportunities Act (AGOA)
qui supprime tout quota ou droit de douane
pour les exportations de vêtements
vers les Etats Unis, et pour pouvoir produire
des articles à des prix très
attractifs."
Deshabandu Kumar Dewapur, PDG de Tri-Star, Sri Lanka, cité
sur
www.lankae.com/lankae/yellowpages/Tristar/abroad.htm
Tri-Star est une firme textile sri lankaise qui a fermé
nombre de ses usines locales pour les
installer en Afrique ces dernières
années afin de profiter des mesures
d'incitation à l'investissement
telles que l'AGOA, qui institue des préférences
commerciales avec les Etats-Unis. Ici
aussi, elle a fermé quand cela
lui convenait, sans considération
pour les conséquences pour son
personnel, ni pour l'économie des
pays hôtes.
Installée dans l'Athi River Export
Processing Zone, au Kenya, l'usine Apparels
Tri-Star a bénéficié
d'une exonération fiscale pendant
dix ans. Selon la Commission Kenyane des
Droits de l'Homme, les employés
y souffraient du manque d'espace de travail,
d'une ventilation et d'équipements
de protection insuffisants et de harcèlement
sexuel. En août 2001, une grève
a éclaté: après celle-ci,
plusieurs employés ont été
sommairement renvoyés. Une fois
la période d'exonération
écoulée, Tri-Star a mis
fin à ses activités au Kenya.
En Ouganda, Apparels Tri-Star a commencé
de produire en 2002 et son expansion se
poursuit. Un joint-venture d'un montant
de 20 millions de $ US a été
réalisé avec ISIS Pacific
Capital Inc., société textile
siégeant à New-York, pour
installer une unité de filature,
de tissage et de teinture sur son site
de Bugolobi (Kampala). En 2004, la FITTVC
a porté plainte auprès de
l'Organisation Internationale du Travail
contre le gouvernement de l'Ouganda pour
refus de reconnaissance du syndicat national
Uganda Textiles, Garments, Leather andAllied
Workers' Union par Tri-Star. La direction
l'a finalement reconnu fin 2005.
En Tanzanie, le groupe Tri-Star a installé
son usine Star Apparels en 2003, dans
la zone d'exportation de Dar Es Salaam.
Sa capacité de production est de
6000 pièces par jour, principalement
des shorts, des pantalons et des jupes
produits pour des sociétés
telles que Wal-Mart (Etats-Unis).
Le personnel de Star Apparels, principalement
constitué de femmes, a atteint
le millier fin 2004. Lors d'une visite
faite par une association de chercheurs
spécialisés dans le domaine
du travail, l'usine était équipée
d'un éclairage et d'une ventilation
convenables, les postes de travail semblaient
confortables, les procédures de
sécurité visibles. Les équipements
nécessaires aux repas et aux soins
étaient disponibles. Le directeur
exécutif a alors déclaré
que les conditions de travail étaient
bonnes en raison des exigences strictes
des clients.
Le directeur a toutefois été
moins clair quant aux relations de travail,
déclarant que " les syndicats
" avaient été "
à l'origine de certains problèmes
" pour Tri-Star au Kenya et en Ouganda.
Il se déclarait "ouvert "
si jamais ses employés décidaient
d'en devenir membres, mais la suite a
prouvé qu'il s'agissait de paroles
vides de sens.
En 2005, Star Apparels a été
placé en redressement juduciaire
suite à l'information que la société
ne pouvait plus honorer ses dettes. Un
mois plus tard et après moins de
deux ans d'activité, l'usine a
fermé définitivement.
Histoire d'un agent
de maîtrise tanzanien
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Photo: Edward Seynia
Makaranga was a supervisor and workers' representative
at Star Apparels, a Sri Lankan owned factory in Tanzania.
He shared his stories with participants at an ITGLWFSOMO
workshop in Swaziland, in May 2005. Useful Resources
on Organising in Africa
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Edward Seynia Makaranga était agent de maîtrise
et représentant du personnel chez
Star Apparels. Selon son point de vue,
Tri-Star a cessé de produire et
a quitté le pays parce que les
travailleurs tanzaniens commençaient
à s'organiser. Il raconte ici comment
la confiance en l'avenir s'est rapidement
muée en une amère déception.
"J'étais l'un des premiers
à être embauché comme
agent de maîtrise chez Tri-Star.
Ce jour-là, j'étais très
fier d'avoir trouvé un emploi et
l'avenir semblait favorable...
Six mois plus tard, la direction a passé
avec les employés des contrats
provisoires au salaire minimum de 48 000
shillings tanzaniens (47 $ US) pour un
semestre, en promettant aux employés
que passé ce délai, ils
recevraient une augmentation de salaire
et un contrat définitif. Il semblait
pourtant curieux qu'en même temps,
la direction n'ait autorisé aucun
employé à lire le contenu
du contrat provisoire et qu'on ait ordonné
à tous ceux qui cherchaient à
le lire de quitter l'usine.
Passée la période d'essai,
la lune de miel n'a pas duré. La
vie dans l'usine était devenue
très dure. Voici certaines des
conditions que les travailleurs avaient
à subir:
Je n'aimais pas ce qui se passait à
l'usine. Des camarades auraient voulu
me parler des problèmes qu'ils
rencontraient parce qu'ils savaient que
j'avais de bonnes relations avec le management
en tant qu'agent de maîtrise, mais
la direction n'a jamais sérieusement
pris en compte les questions que je soulevais.
La direction a refusé de laisser
les syndicats pénétrer dans
l'entreprise et notre rencontre avec eux
s'est donc faite en secret, puisque nous
craignions de perdre nos emplois. Le 11
septembre 2004, tous des salariés
se sont rassemblés dans la cantine
pendant la pause café pour discuter
avec la direction, afin d'améliorer
certaines des conditions de travail
déplorables de l'usine. L'employeur
s'est alors mis en colère et a
ordonné à tous de quitter
les locaux.
Nous n'avons pas hésité
et avons rapidement contacté les
médias. Des journalistes et des
présentateurs de télévision
sont venus, nous accordant une bonne couverture
médiatique et nous faisant passer
à l'antenne, y compris à
la radio. Quelques heures plus tard, nous
avons accepté de rentrer chez nous,
comme l'exigeait notre employeur.
Le lendemain, les salariés ont
trouvé la grille fermée.
On leur a dit de revenir trois jours plus
tard. Quand nous sommes retournés
au travail, M. Joggic, Commissaire du
Travail, était là. Il a
dit aux ouvriers qu'ils devraient nommer
leurs représentants pour aller
déposer leurs requêtes auprès
du Ministère du Travail et de la
Jeunesse. C'est de cette façon
que moi, Edward Seynia Makaranga, j'en
suis venu à représenter
les travailleurs parmi 48 autres représentants,
bien qu'aussitôt après nous
ayons tous été suspendus
par notre employeur.
Nous avons consulté les syndicats
et commencé à organiser
les employés toujours en poste
à l'usine. Les syndicats n'étaient
toujours pas autorisés dans les
locaux. Nous recrutions et tenions nos
rencontres à l'extérieur.
Après deux mois de suspension nous
avons trouvé une lettre sur le
bureau du responsable du personnel, disant
que nous étions renvoyés.
Deux mois plus tard, après que
le syndicat a commencé de faire
pression pour faire respecter les droits
des travailleurs, l'usine a été
fermée. Tous les employés
ont été privés de
travail sans préavis ni indemnité.
Depuis cette fermeture la vie est très
dure pour tous les travailleurs qui y
ont perdu leur emploi... Aucun d'entre
nous n'avait la moindre épargne
puisque nous gagnions très peu.
Les plus durement touchés sont
ceux pour qui ces salaires étaient
le seul revenu familial... Nos rêves
d'un avenir meilleur se sont évanouis.
Tri-Star nous a bercés d'illusions
et beaucoup d'entre nous trouvent leur
situation pire encore qu'avant l'embauche
à l'usine.
J'ai cherché un autre travail,
mais je n'ai pas eu beaucoup de chance.
Bien que renvoyé, je m'en sors
mieux que d'autres parce que ma femme
travaille, mais j'ai un petit enfant et
le peu d'argent que ma femme ramène
est à peine suffisant pour notre
survie. Pourtant je ne regrette pas d'avoir
choisi le camp du syndicat contre la direction
parce que malgré ses efforts pour
remporter mon soutien, j'aurais en définitive
perdu mon emploi en même temps que
les autres quand l'usine a fermé.
Avec le syndicat, au moins, je n'ai pas
trahi mes camarades et nous nous sommes
efforcés de les protéger
de la terrible exploitation que Tri-Star
leur faisait subir.
Organiser les travailleurs
en Afrique : documents utiles
Un ensemble de quatre publications spécifiquement
éditées par la FITTHC pour
soutenir l'organisation des travailleurs
du secteur textile est disponible en ligne:
" Asian Multinationals in Africa: Information and
Strategy Guide " www.itglwf.org/pdf/booklet1.pdf
" Asian Multinationals in Africa: Developing Union
Strategy and Capacity " www.itglwf.org/pdf/booklet2.pdf
" A Story of Organising: A Shopfloor Workbook "
www.itglwf.org/pdf/booklet3.pdf
" Africa-Asia
Labour Networking ," compte-rendu
du groupe de travail tenu au Swaziland,
May 2005 http://www.cleanclothes.org/ftp/05-Swaziland-report.pdf