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COMPTE RENDU DU SEMINAIRE EDUCATION DES TRAVAILLEURS
ET INFORMATION SUR LES CODES DE CONDUITE
MUELHEIM, ALLEMAGNE, 13-15 DECEMBRE 1999
Les débats quant aux droits des travailleurs et aux codes
de conduite doivent inclure toutes les parties prenantes. Quels
moyens ont les travailleurs pour agir sur les codes de conduite?
Sans connaissance ni formation, les travailleurs ou les organisations
syndicales ne peuvent avoir suffisamment de poids sur ce qui les
concernent pourtant en premier lieu.
Ce séminaire voulait faire le point sur la situation actuelle
et envisager les différentes perspectives en matière
de programmes d'éducation des travailleurs (déroulement,
mise en place, contenu, etc.).
Durant ces 3 jours, différents sujets ont été
discutés et débattus. Représentants de syndicats
et d'organisations locales, nationales ou internationales étaient
nombreux pour partager leurs expériences en matière
d'éducation et de codes de conduite.
Eduquer les travailleurs du sud
' La voix du sud n'est pas assez écoutée en Europe'
fut l'un des principaux problèmes soulevés lors du
séminaire. Le Sud n'a pas les moyens suffisants pour se faire
entendre et prendre part au débat. En reconnaissant cette
lacune fondamentale, c'est la question de l'éducation des
travailleurs et des organisations du sud qui se pose.
Celia Mather (de Women Working Worldwide), dès le début
du séminaire, a posé la différence à
faire et à garder en mémoire entre d'une part l'éducation,
en tant que processus par lequel les personnes apprennent à
prendre leur décision, et la formation, en tant que moyen
donné à des travailleurs pour améliorer leur
connaissance sur un sujet spécifique.
Tous les représentants des pays du sud ont mis en évidence
le manque d'éducation des travailleurs, et de prise de conscience
de leurs droits, cause directe de la faiblesse de leurs revendications..
CAWN (Central America Women Network) est un réseau de femmes
impliquées dans le droit des femmes en Amérique Centrale.
Jane Turner, à partir de son travail sur 6 pays a mis en
évidence les nombreuses faiblesses qui limitent la prise
de conscience des travailleurs : aucune connaissance ni traduction
des codes de conduites, très peu de notions des législations
nationales, manque d'instruction sur les zones franches et leur
fonctionnement, très peu de syndicats et de représentation
dans les zones franches, problèmes d'implantation des législations
lorsqu'elles existent.
La compréhension du contexte national est nécessaire
aux travailleurs pour qu'ils puissent concrétiser les difficultés.
Les travailleurs du sud sont confrontés à des problèmes
communs. L'éducation et la prise de conscience des travailleurs
sont donc capitales, elles doivent être mis en place par des
programmes simples qui ne doivent pas pour autant éclipser
la complexité de la situation.
Les travailleurs à domicile
Une demi-journée du séminaire a été
consacrée aux travailleurs à domicile. Ils constituent
une catégorie difficile à cibler qui n'est pas pris
en compte dans la plupart des codes de conduite.. La difficulté
principale consiste à organiser ce secteur informel. Il s'agit
de les localiser et donc les rendre visibles sachant qu'ils sont
dispersés et n'ont généralement aucune notion
de l'utilité qu'ils peuvent retirer des codes de conduite.
Aussi, l'organisation et l'échange d'information sont essentielles.
Lors du séminaire, le problème des travailleurs à
domicile a été examiné à trois niveaux
: local, national, et international.
Le niveau local a été représenté par
Baljit Basatia de AEKTA .
AEKTA est une organisation s'efforçant d'améliorer
les conditions de travail dans le West Midland en Grande-Bretagne
et spécialement dans l'industrie du textile. Elle est notamment
impliquée dans des actions en faveur du salaire de subsistance.
Le but de AEKTA est d'informer sur les droits du travail, d'aider
et de soutenir les travailleurs dans leur démarche, de sensibiliser
la société civile, et de mettre en évidence
les inégalités concernant les femmes qui représente
la très grande majorité des employés de l'industrie
du textile du West Midland.
Une partie de leur projet est plus spécifiquement orienté
sur les travailleurs à domicile constitués de femmes
pour la très grande majorité. Les mauvaises conditions
de travail sont patentes avec entre autres des journées de
12 à 14 heures et la non application du salaire minimum nationale.
Le travail d'information d'AEKTA utilise différents circuits
: l'information des minorités dans leur langue (sachant qu'ils
sont pour la grande majorité d'origine asiatique), l'utilisation
des médias et des radios des minorités et la publication
d'une lettre d'information.
Le niveau national était représenté par Pamela
Curr de the Fairwear Campaign.
The Fairwear Campaign est une coalition d'églises et d'organisations
oeuvrant pour l'amélioration des conditions de travail des
travailleurs à domicile en Australie, très nombreux
notamment dans l'industrie du vêtement. Le point sensible
est leur vulnérabilité dans la mesure où ils
sont séparés des autres travailleurs.
Les étapes essentielles sont de rendre la chaîne de
travail transparente et surtout de pouvoir identifier les travailleurs
à domicile, l'entreprise pour laquelle ils travaillent afin
de permettre aux syndicats d'agir en cas de problème. Un
code de conduite a été mis en place dans lequel les
travailleurs doivent avoir une participation active.
Le niveau international a été évoqué
par Lucie Brill de Homenet.
Homenet est une organisation qui travaille dans la mise en place
de liens entre les associations de travailleurs à domicile.
Le programme initial était basé sur les conventions
de l'OIT. A partir de 1996, le réseau international a été
développé en vu d'encourager les supports et les échanges
entre les travailleurs à domicile. La lettre d'information
constitue l'outil de communication principal.
Au niveau des codes de conduite, les questions sont de savoir comment
ils peuvent être utilisés pour améliorer les
conditions de travail, comment impliquer les travailleurs à
domicile dans la conception des codes de conduites, comment réagir
face au fossé entre les requêtes des codes de conduite
et la réalité des travailleurs à domicile.
Il reste à noter que la convention de l'OIT sur les travailleurs
à domicile n'a été signée que par deux
pays (la Finlande et l'Irlande), ce qui laisse entrevoir le chemin
qu'il reste à parcourir.
L'implication des travailleurs
Les réserves vis à vis des codes de conduites ont
été assez nombreuses dans la mesure où comme
l'a fait remarquer Celia Mather ils apparaissent souvent comme un
moyen passif, une façon de décider sur le dos des
travailleurs pourtant les premiers impliqués. Or, il est
important de construire des liens entre les différents acteurs
: syndicats, ONG, organisations internationales, etc, ce qui implique
l'idée de procéder en toute transparence. D'autant
qu'il est souvent difficile pour les syndicats et organisations
du sud de se procurer une partie des informations.
Grâce aux intervenants des pays du Sud, diverses expériences
essayant de promouvoir une meilleure éducation des travailleurs
ont été explorées.
Josepha Rivera, MEC, Nicaragua.
MEC est une ONG oeuvrant en faveur des femmes travaillant dans les
maquilas. Elle organise des campagnes, des cours de formations sur
les droits du travail et des recherches sur les conditions de travail
dans les zones franches. En consultation avec les femmes travailleuses,
MEC a créé un code reflétant leurs priorités.
Mais le plus important reste de le mettre en application, le code
étant un pas devant être suivi par des réformes
légales.
La grève de 1993 a permis aux travailleurs d'apprendre à
organiser une grève. Mais surtout ils ont pu prendre conscience
de leurs droits, leurs droits au travail mais aussi leurs droits
à la dignité.
A ce jour, 200 femmes ont été formées aux codes
de conduite dans les zones franches. Une promotion de la santé
(et notamment des informations sur la sexualité) y est également
mise en place.
Simy Gulzar , Working Women Organisation, Pakistan,
Elle a souligné l'impact positif des programmes de formations
que son organisation a mis en place pour les travailleurs. Ces formations
devaient tenir du manque de temps dont ces derniers disposaient
en raison de leurs longues semaines de travail et de la quasi inexistence
de vacances. Elles exploraient différents thèmes :
l'explication des principes de bases, la situation du pays, les
entreprises multinationales, et l'intégration des codes dans
ce mouvement.
Le rôle des syndicats et la mise en place de programme
d'éducation
La place et le rôle des syndicats dans les pays du sud sont
difficiles. Leur reconnaissance est souvent pas ou mal acquise et
leurs moyens limités pour aider à l'éducation
des travailleurs et à l'élaboration et la mise en
oeuvre de codes de conduite.
Dwight Justice de la CISL a souligné l'importance d'inclure
les syndicats qui sont les représentants directs des travailleurs.
Selon Simy Gulzar, les syndicats ont montré de l'appréhension
au début des discussions sur les codes de conduites. dans
la mesure où ils ont eu peur d'une remise en cause de leur
rôle.
Alice Kwan de HKCIC
HKCIC fait parti d'une coalition d'organisations hong-kongaise qui
dénonce et enquête sur toutes les violations des droits
de l'Homme en Chine. Alice Kwan a développé l'interdiction
de liberté syndicale et du droit à la négociation
collective en Chine. Elle a émis des doutes vis à
vis des codes de conduite des entreprises (et notamment la norme
SA 8000) les considérant plus comme une vitrine qu'une réelle
prise de conscience et volonté de changement de la part des
entreprises. Les codes ne sont pas accessibles aux travailleurs
qui ne reçoivent aucune information quant à leur signification.
Ms Suprihatin, SESBUGAR, Indonésie
Elle a évoqué, au travers de son expérience
personnelle, le cas de l'Indonésie. L'implantation des syndicats
s'avère très difficile dû à l'intransigeance
des entreprises mais aussi de la police et du gouvernement, ainsi
que du manque d'éducation et d'information des travailleurs.
Les représentants syndicaux se trouvent confrontés
à des méthodes d'intimidations, de pressions, de sanctions.
Son entreprise a choisi un syndicat qu'elle considère comme
non représentatif des travailleurs et elle-même a été
suspendue de son travail durant cinq mois en raison de ces activité
au sein de SESBUGAR, syndicat pourtant reconnu par le gouvernement.
Il est nécessaire pour cela de créer des liens entre
les syndicats et les travailleurs afin de renforcer leur pouvoir
et leur implication.
Batu (Brotherood of Asian Trade Unions), Girlie Guzman, Philippine
Batu est un réseau de 16 organisations nationales et de 14
pays d'Asie souhaitant relier les syndicats en utilisant les conventions
internationales pour engendrer des changements et une culture de
droits de l'Homme.
Batu part du principe que la mise en place et le contrôle
des droits du travail tels que ceux définis par les conventions
de l'OIT sont une préoccupation majeure des syndicats. L'implication
des syndicats dans ce processus permet de les rendre plus influents
et plus actifs.
le programme mis en place par Batu est divisé en 3 phases
:
- 1995 - 1997 : la phase de prise de conscience.
Elle consiste à informer les travailleurs sur les conventions
de l'OIT et à leur expliquer comment les utiliser pour permettre
des changements. Durant cette phase, un travail sur différents
problèmes (comme par exemple le salaire de subsistance) est
mis en place notamment par l'organisation de séminaires.
- 1998 - 1999 : la phase pratique.
Cette phase peut commencer lorsque les travailleurs ont suffisamment
de connaissances et peuvent donc participer de façon active
à la mise en oeuvre. Elle doit aider les personnes au travers
de leurs organisations nationales à participer à l'adoption
et aux renforcements des conventions internationales. Cette phase
a été mise en oeuvre notamment au travers de la marche
pour l'élimination du travail des enfants ainsi que différents
séminaires et collaborations.
- 2000 - 2001 : la phase d'intégration.
Elle doit permettre à toutes les organisations participantes
d'intégrer les droits de l'Homme et les standards internationaux
dans leurs actions pour qu'ils deviennent le cadre général
par lequel le changement et le développement peuvent être
permis. Cette phase est mise en place par le biais de campagne,
de programme d'éducation, de contrôle, etc.
Alana Dave de IFWEA
L'IFWEA est une organisation internationale qui regroupe des organisations
impliquées dans l'éducation des travailleurs dont
des syndicats nationaux et internationaux, des organisations travaillant
sur les droits du travail, des associations d'éducation des
travailleurs, et diverses autres ONG.
IFWEA part du principe que la globalisation de l'économie
entraîne un changement de perspective dans la façon
de penser les problèmes locaux qui ne peuvent désormais
être envisagés sans prise en considération du
contexte international. L'éducation des travailleurs doit
être pensée en terme plus large que dans le passé.
Il est nécessaire qu'ils aient une vision non seulement des
conditions de travail au niveau régional ou national, c'est
à dire dans le secteur où ils sont actifs, mais aussi
une vision du contexte international. Les syndicats et les travailleurs
doivent partager leurs idées et leurs informations mais les
problèmes concernant la globalisation n'ont pour ainsi dire
pas encore été intégrer dans les programmes
d'éducation. Ils n'ont de ce fait pas conscience du lien
entre le niveau local et le niveau international.
Les cercles d'étude internationale (international study circle)
souhaitent fournir une éducation globale. Le principe est
d'organiser des groupes de travailleurs basés dans différents
pays, Chaque groupe se rencontre dans un programme d'étude
spécifique sur des problèmes internationaux en utilisant
la même méthode et le même type de matériel.
Un programme dure en général environ six semaines.
Le coordinateur de chaque groupe écrit un rapport qui est
publié sur le site internet, chaque groupe consulte les différents
rapports et les commente lors de la session suivante. De cette façon,
des travailleurs de différents pays partagent leurs expériences
et leurs idées sur les mêmes problèmes et peuvent
ainsi mieux comprendre les effets de la globalisations dans leur
propre pays. Les cercles d'étude internationale veulent ainsi
renforcer les liens et la solidarité entre les travailleurs
dans les pays participants.
Plusieurs cercles d'étude internationale ont déjà
été organisés, dont un notamment sur les firmes
multinationales. Chaque groupe a étudié comment elles
opéraient dans leurs pays puis ont échangé
leurs idées et ont essayé de comprendre comment les
syndicats pouvaient et devaient s'organiser pour répondre
à la transnationalisation.
L'implantation des codes de conduites par les organisations internationales.
Les organisations occidentales travaillant sur les droits des travailleurs
et sur la mise en place de codes de conduite ont bien sûr
pris part au séminaire. Toutes ont reconnu la nécessité
d'aller plus avant pour intégrer les acteurs du sud dans
l'implantation des codes de conduite, et leur contrôle.
Carrie Brunk, United students against sweatshop, Etats-Unis
United students against sweatshop est une initiative d'étudiants
américains visant à renforcer les codes de conduites
pris par les universités américaines. Ce ne sont ainsi
pas les entreprises mais les universités qui adoptent des
codes de conduites afin de s'assurer des bonnes conditions de fabrication
des produits, les étudiants partant du principe que les universités
ont une responsabilité directe sur la manière dont
les biens qu'ils achètent sont produits.
Les Clean Clothes Campaign suédoise et française
ont rapporté leurs expériences récentes en
matière d'expérimentation de contrôle indépendant.
Stéphanie François de la CCC française a évoqué
les démarches entreprises avec l'entreprise de la distribution
Auchan, et les audits qui ont été effectué
en août dernier au Bangladesh. Elle a mis l'accent sur la
volonté d'impliquer davantage les partenaires locaux notamment
par une collaboration active avec des organisations à Madagascar.
Johanna Piven de La CCC suédoise a fait le point sur la lettre
d'intention signée avec 4 entreprises de la distribution
suédoise et les projets pilotes qu'ils mettent en place.
Sumi Dharnarajan, ETI, Grande-Bretagne.
ETI essaie de discerner quels sont les meilleurs pratiques pour
contrôler les codes de conduite. Pour cela, ETI a décidé
de réaliser 4 projets pilotes utilisant différentes
méthodes de contrôle :
- l'un utilisant une société d'audit
- l'un utilisant un contrôle interne
- l'un utilisant un académicien. Ce dernier cas s'avère
difficile à mettre en place dû à la difficulté
de trouver un académicien qui connaisse suffisamment le problème.
-l'un utilisant une ONG. L'ONG hong-kongaise LARIC a refusé
de réaliser le contrôle n'ayant pas réussi à
s'entendre avec ETI sur la mise en place d'un programme d'éducation
en parallèle.
Nikki Bas de Sweatshop Watch
Elle a fait le point sur l'affaire de Saipan, île américaine
faisant partie des îles de Mariannes où les lois américaines
sur le travail et sur l'émigration ne sont pas en vigueur.
Les travailleurs principalement de Chine, Philippine, Thaïlande,
Bangladesh et Vietnam travaillaient dans des conditions de travail
forcé alors que les produits bénéficiaient
du label " Made in USA ". Après une campagne menées
par différentes organisations dont Sweatshop Watch , les
entreprises ont accepté de mettre en place un programme de
contrôle indépendant effectué par Vérité
(organisme d'audit à but non lucratif). Des programmes d'éducation
seront également mis en place, et le rapport issu du contrôle
sera traduit dans les langues des travailleurs.
La complexité du problème de l'éducation des
travailleurs et des codes de conduites, les nombreuses expériences
développées, et l'enthousiasme des personnes présentes,
ont rendu ces trois jours de séminaire très intensifs.
Ce fut l'occasion pour des individus de différents pays,
de différentes organisations ayant en commun un engagement
dans les droits de l'Homme au travail, de se rencontrer, de dialoguer,
d'échanger points de vue et expériences, et d'envisager
les perspectives de collaboration.
Le séminaire a ainsi mis en relief la nécessité
de travailler en réseau, de développer l'accès
à l'information pour les pays du sud et de les associer de
façon active dans les programmes des organisations occidentales,
la coopération étant la plus sûre façon
de progresser.
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